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Remise à neuf – 1ère couche

D 17 mai 2017     H 11:15     A Stanislas     C 0 messages


Remise à neuf – 1ère couche
Dans toutes les maisons roumaines, il y a de la chaux vive durcie dans un vieux seau. Un peu d’eau, et chaque année, on en badigeonne le bas des arbres pour les protéger de la vermine. À ce qui se dit.
C’est peut-être mes premières images marquées de la Roumanie : des paysages coupés de blanc. Une injonction à la méditation, tout le regard happé par cette mise en rythme de l’espace, où le mot métaphysique prend consistance. C’est comme par la fenêtre du train ou devant la TV, « le monde dans une chambre ».
J’ai blanchi le bas des arbres. Chez Octav, dans son verger, son petit coin à l’ombre des usines de l’Autre temps. Et à Cucuteni, avec les gars de la mairie. Je ne sais plus pourquoi, peut-être le cractère municipal de l’affaire, mais ils blanchissaient tout : les végétaux bien sûr, mais aussi tout ce qui avait une verticalité suffisante (plots, pylônes, balustrades, etc.), sans revendication aucune, non, ils ne faisaient que rafraîchir le blanc fané de l’année passée, suivre les traces.
Et c’était beau tout cet apparat, comme si tout ou presque de ce qui avait contact avec le sol et s’érigeait vers le ciel devait recevoir ce soin, le méritait sans l’avoir exigé. Dans cette contemplation, on m’a expliqué : c’est la mélancolie heureuse, le dor.

Puisque la mélancolie est comme un muscle, il m’arrive de l’exercer. À Saint-Nazaire, je ne fais que des photos des éléments urbains mangés par les pelleteuses. Fascination mêlée donc dans la ville qui tombe en attendant la superbe, j’apprécie le moment de latence, pas de nostalgie pour ce qui fut, pas d’illusion sur ce qui sera, un moment affectueux pour les débris. L’arbre est ce qui est resté d’avant ce qui n’est déjà plus – un magasin Lidl et son parking – et le début du long port et ses panneaux de ciment.
Blanchir tout l’univers du 50cm au-dessus du sol – du faire au regarder – c’est absurde, et c’est par là du possible. Puisqu’il faut prendre soin du poteau électrique, c’est que s’impose l’idée que le soin, on le doit à la réflexion, à l’esthétique, à la mélancolie. Que la modernité ou la post-… se plient à la même exigence, qu’il y a une utilité à les garder de la vermine.

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