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Journal de "Douce des roseaux"

D 7 mars 2018     H 09:47     A Jean Louis, ollivier     C 0 messages


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Un film en cours(t) et infini (Ad Vitam Æternam) avec des acteurs amateurs et des décors naturels, écrit à deux et à plusieurs, au fur et à mesure des ballades et des rencontres, son point de départ : "La Douce", une nouvelle de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski, publiée en novembre 1876 dans son Journal d’un écrivain.

Pour voir le film sur Vimeo en train de se construire scène par scène :

https://vimeo.com/album/5032900

Synopsis partagé de « Douce des roseaux »

Un plan sur le port ? sur l’eau, le soleil d’hiver se couche ?


Scène : La bouquinerie / le premier songe


Ludovic et les livres, un client muet cherche un livre, il s’agit de "L’ Agneau carnivore" d’Agustin Gomez-Arcos*

*L’enfant a grandi dans le secret de l’amour exclusif de son frère, Antonio, initiateur du plaisir et du savoir, par lequel le monde s’est ouvert à lui. L’enfant se découvre un passé, il déchiffre autour de lui sa propre histoire. Il ne vit que par l’amour qu’il porte à son frère et par la haine qu’il voue à sa mère, les deux faces d’un même sentiment. Sa mère meurt, son frère le quitte. Il s’expatrie. Il ne lui reste qu’à écrire son histoire en attendant le retour de son frère dans la maison de leur enfance.
Par delà l’anecdote biographique et le tableau familial, le lecteur découvre l’image inquiétante et symbolique de l’Espagne d’aujourd’hui.

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Le client muet (la chenille) sort et un autre client (un vrai) vient vendre ses livres, on aperçoit Douce en arrière plan, puis ont la voit lire "La Douce" de Dostoïevski, ampoule au plafond et 1er songe

+ (à caser) la mère russe Valentina parle de théâtre en empêchant sa fille de jouer le rôle de Douce


Scène : La pythie, première incantation (Carole Leblay / Divine enfant)


Cinéma de Saint-Malo de Guersac, rideau rouge, une silhouette habillée en égyptienne ouvre le rideau, nous laisse entrevoir une femme qui se prépare à un cérémonial.

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Comme la pythie était en état de transe elle disait à peu près n’importe quoi et ce sont les oracles, prêtres cachés derrière un rideau qui « interprétaient » son délire, voici ce qu’elle pourrait dire (en référence à des livres connus ou moins connus)

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« Jabberwocky » de Lewis Caroll
Voix : Christine Laquet

« Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe ;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe. »

voix off ( Adèle) :

« La Pythie, exhalant la flamme
De naseaux durcis par l’encens,
Haletante, ivre, hurle !... l’âme
Affreuse, et les flancs mugissants !
Pâle, profondément mordue,
Et la prunelle suspendue
Au point le plus haut de l’horreur,
Le regard qui manque à son masque
S’arrache vivant à la vasque,
À la fumée, à la fureur !

Sur le mur, son ombre démente
Où domine un démon majeur,
Parmi l’odorante tourmente
Prodigue un fantôme nageur,
De qui la transe colossale,
Rompant les aplombs de la salle,
Si la folle tarde à hennir,
Mime de noirs enthousiasmes,
Hâte les dieux, presse les spasmes
De s’achever dans l’avenir ! »

Paul Valéry


Scène : L’usurier (Joël Kerouanton)


Dialogue entre Monsieur X et Douce dans le salon de l’hôtel en face de la bouquinerie

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Je vois que tu as retrouvé la camisole en peau de lièvre !

· Douce : « Voici des couverts d’argent ils sont anciens je les tiens de ma grand-mère »
· Prêteur sur gage : « Oui en argent, je vois le poinçon, mais pas beaucoup d’argent ça ne vaut pas grand chose »
· Douce : « j’ai besoin d’argent, quelques roubles, je suis orpheline »
· Prêteur : « Sinon pourquoi venir me trouver ici ? »

Voix off de Joël , quand Oriane sort de l’hôtel ? :

"Voilà….. C’était tout-à-fait au commencement, je ne la remarquai pas, elle venait comme les autres et tout allait pour elle comme pour les autres. Puis je commençai à la distinguer. Elle était mince et brune, d’une taille en-dessous de la moyenne. Avec moi elle paraissait, gênée, comme honteuse ; je pense qu’elle devait être ainsi avec toutes les personnes qu’elle ne connaissait pas ; elle ne s’occupait certainement pas de moi ; elle devait voir en moi non point l’homme, mais l’usurier. Aussitôt l’argent reçu, elle s’en allait. Et toujours silencieuse. Les autres discutent, supplient, marchandent pour recevoir plus ; elle, non,…..ce qu’on lui donnait…..Il me semble que je m’embrouille… Ah oui ; ce sont ses gages qui éveillèrent mon attention tout d’abord : des boucles d’oreille en argent doré, un méchant petit médaillon : tout cela ne valait pas vingt kopecks. Elle le savait bien, mais on voyait à son air combien ces objets lui étaient précieux, et en effet c’était tout l’héritage paternel et maternel, je l’ai su après. Une seule fois je me suis permis de sourire en voyant ce qu’elle apportait."

Comme nous avons eu du flair de choisir ce passage de Dostoïevski
Et de confier le rôle du prêteur sur gages à Joël Kerouanton :

En résumé voici cinq bonnes raisons :

d’abord Edward Lewis Wallant (1926-1962) est un écrivain de grande valeur enfin reconnu par de bons lecteurs aux USA et dans le monde

ensuite il reconnaît son goût pour Dostoïevski et sa dette envers lui

en fonction de cela il écrit son roman « The Pawnbroker » publié en 1961

enfin Sidney Lumet le découvre et réalise un film tiré de son roman « Le Prêteur sur gages » (The Pawnbroker) en 1964

Et nous avec notre Douce, sa fraicheur (et la notre) on reprend vaillamment le flambeau


Scène : les rues entre chien et loup


Suite de la voix off + musique de Marco

La vitrine de la bouquinerie en face de l’hôtel

- Plan 1 : Plan large - Ouverture au diaphragme, Ludovic Riou est sur le trottoir il fume, il est pris dans ses pensées. On voit sa boutique, Les idées larges, la vitrine est simplifiée pour l’occasion.

- Plan 2 : Gros plan sur son visage, le regard absorbé. Il voit sortir Douce de l’hôtel en face

- Plan 3 : Vue sur la rue en face, travaux, immeuble en construction.

- Plan 4 : Plan américain, il termine sa clope et la jette sur la rue, et entre dans sa boutique.

- Plan 5 : Gros plan sur le mégot qui fume, il enflamme une maquette du château Cargill.
Suite dans les rues de Saint-Nazaire

La tour de Cargill se reflète dans l’eau, mains de Douce sur le grillage.
Errance de Douce dans les rues à la tomber de la nuit, vol d’étourneaux.

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Scène : La bouquinerie / La cliente : la mère


Retour à la bouquinerie, la musique de la cérémonie résonne toujours, laisse la place au son de la porte de la boutique. Une cliente (Valentina) fait une réclamation en russe sur un livre en russe ?…
Altercation entre Douce qui apprend à sa mère (Valentina) qu’elle a été désignée pour jouer la Douce de Dostoïevski au club théâtre de son lycée ; sa mère (russe) lui résume la trame du livre en russe puis en Français, tout ça pour lui dire que ce n’est pas un rôle pour elle.

- Plan 12 : Musique de la scène suivante
Contre-champ, plongé sur ses mains qui tiennent le livre et le referme rapidement.


Scène : La bouquinerie / The Caterpillar


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« C’est moi, c’est Léda »

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En référence au film « Lola » de jacques Demy et à la fameuse chanson « C’est moi, c’est Lola »

Pour accompagner Douce avec ses cheveux en premier plan : « Léda se tourne vers l’orient. Elle écarte de son visage ses cheveux dénoués, elle les écarte à pleines mains comme si elle ouvrait au soleil un passage dans une haie. »


Scène : Les abeilles


- Plan 1 : Plan large, panoramique, sur l’écluse en direction des abeilles.

- Plan 2 : Gros plans, détails préparation du bateau, le "Va pas trop vite". La caméra suit le mouvement des marins.

(à caser) : on découvre les vêtements biens rangés chacun sur un lit : les jeunes filles vont d’en saisir et s’habiller

- Plan 3 : caméra suit le mouvement, une chambre, en contre jour des filles semblent se disputer des tenus, des costumes de théâtre, jonchent le lit, elles essayent des robes, s’aident finalement à enfiler les robes. Elles regardent par la fenêtre ce qui se passe dehors.

Dans les couloirs des Abeilles, des cris, des voix viennent des chambres. + course poursuite des filles se chamaillent une robe, elles entrent dans une chambre : vision sur deux soeurs jumelles qui jouent de la harpe.

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Pistes pour les dialogues des Abeilles :

Dans le dortoir des filles toutes les jeunes filles s’appellent Léda (Six pour coller au livre de Claude Louis Combet « le miroir de Léda »)

« Quelle heure est-t-il » ? citation à la fois dans Lola et pour rappeler le lapin dans Alice, toujours en retard

Quelqu’un appelle Léda depuis le couloir et toutes sortent, Léda c’est moi, c’est moi c’est Léda ! peut-être en chantant sur le même air (voir You tube)

Lors d’un moment de folie une des Léda(s) s’écrie : « Que le dieu soit la bête. Que la bête soit le dieu. Que je vive enfin l’adhésion sans limites. »

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Et surprise : il y a aussi des roseaux dans Léda « où est Léda ? Elle est encore dans ses roseaux ! »

« Je suis la nuit répète Léda. Mon pouvoir vient de loin. Mais je suis aussi une petite chose fragile. J’ai aimé un dieu, mais j’ai du mal à être grande. »

« Il n’y avait que le miroir et le désert. J’ai repris mon souffle où je l’avais laissé suspendu. L’instant est ouvert. Mon grand désir s’est avancé. Il s’est penché sur le visage de la nuit, à la recherche de son visage. Et le miroir a tressailli. »

Pour accompagner un gros plan sur les yeux d’une Léda : « Mes beaux yeux rendez-moi visible je ne veux pas finir en moi. » Paul Eluard « Léda »

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« Les jardins du Calife Hakem »
Gérard de Nerval

Voici une autre version de dédoublement étrange dont j’ai parlé ce matin à propos de l’actrice qui se voit depuis les coulisses ; le Calife fait tout un parcours sans qu’on le remarque lui semble-t-il pour se voir à la fin sur son luxueux divan…

« En traversant le fleuve dans sa cage, il vit avec surprise les jardins du palais illuminés comme pour une fête : il entra. Des lanternes pendaient à tous les arbres comme des fruits de rubis, de saphir et d’émeraude ; des jets de senteur lançaient sous les feuillages leurs fusées d’argent ; l’eau courait dans les rigoles de marbre, et du pavé d’albâtre découpé à jour des kiosques s’exhalait, en légères spirales, la fumée bleuâtre des parfums les plus précieux, qui mêlaient leurs arômes à celui des fleurs. Des murmures harmonieux de musiques cachées alternaient avec les chants des oiseaux, qui, trompés par ces lueurs, croyaient saluer l’aube nouvelle, et dans le fond flamboyait, au milieu d’un embrasement de lumière, la façade du palais dont les lignes architecturales se dessinaient en cordons de feu.

L’étonnement de Hakem était extrême ; il se demandait : "Qui donc ose donner une fête chez moi lorsque je suis absent ? De quel hôte inconnu célèbre-t’on l’arrivée à cette heure ? Ces jardins devraient être déserts et silencieux. Je n’ai cependant point pris de hachich cette fois, et je ne suis pas le jouet d’une hallucination." Il pénétra plus loin. Des danseuses, revêtues de costumes éblouissants, ondulaient comme des serpents, au milieu de tapis de Perse entourés de lampes pour qu’on ne perdît rien de leurs mouvements et de leurs poses. Elles ne parurent pas apercevoir le calife. Sous la porte du palais, il rencontra tout un monde d’esclaves et de pages portant des fruits glacés et des confitures dans des bassins d’or, des aiguières d’argent pleines de sorbets. Quoiqu’il marchât à côté d’eux, qu’il les coudoyât et en fût coudoyé, personne ne fit à lui la moindre attention. Cette singularité commença à le pénétrer d’une inquiétude secrète. Il se sentait passer à l’état d’ombre, d’esprit invisible, et il continua d’avancer de chambre en chambre, traversant les groupes comme s’il eût eu au doigt l’anneau magique possédé par Gygès.

Le calife s’approcha chancelant et s’abrita derrière les plis étoffés d’une énorme portière de brocart. Il vit alors au fond de la salle, assis sur le divan, à côté de Sétalmulc, un homme ruisselant de pierreries, constellé de diamants. (...) Cette vision lui semblait un avertissement céleste, et son trouble augmenta encore lorsqu’il reconnut ou crut reconnaître ses propres traits dans ceux de l’homme assis près de sa sœur ».


Scène : Le pont tournant


« Le Temps gelé »
Mikhaïl Tarkovski

A 4 000 kilomètres à l’est de Moscou, dans la région de Krasnoïarsk, le climat n’a pas changé (en hiver, il fait facilement – 30 °C). La vie non plus : les villages sont dispersés, les routes mauvaises, la taïga est partout ; on se chauffe au bois, on va puiser l’eau au puits. Cette vie bien rude induit un resserrement de chacun sur l’essentiel.

Mikhaïl Tarkovski (né en 1958), est le neveu du cinéaste Andreï Tarkovski (1932-1986) et le petit-fils du poète Arseni Tarkovski (1907-1989). Après des études de géographie et de biologie, il part en expédition avec des zoologues dans la région de Krasnoïarsk, où il décide de s’installer définitivement.

En 1986, il suit les cours par correspondance de la faculté de littérature Gorki. Il commence par écrire de la poésie, puis des récits en prose. Il a reçu en 2014 le «  Delvig d’argent  » décerné par la « Literatournaïa gazeta ». Il se consacre aujourd’hui à la littérature et à la culture, et vit toujours à Bakhta.

Il est un des rares écrivains russes qui ont troqué la capitale pour la province. Depuis plus de trente ans, il vit de la chasse au bord du fleuve Ienisseï. C’est cette vie qui nourrit sa prose, une chronique attentive et bienveillante du quotidien des petites gens, loin de l’agitation globalisée.

D’une minutie ethnographique (les cartes sont dessinées par l’auteur), livre à mi-chemin entre reportage et fiction, « Le Temps gelé » dépayse fortement.

Dans notre fiction, Valentina pourrait avoir croisé ce cousin éloigné dans la salle d’attente d’une gare déserte et enneigée.


Scène : Le costumier de la poste de Méan


La fête est fini, les demoiselles montent au paradis et rendent leurs costumes, le costumier un peu fou, propose des bonbons. La chenille cherche un masque pour une soirée particulière.

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Chez Godefroy le barbu, costumier

La référence au film « Eyes Wide Shut » de Stanley Kubrick est assumée, notamment la séquence chez le loueur de costumes ; ici plusieurs jeunes filles, elfes nommées Léda font face à un monsieur plus tout jeune à la fois très charmeur et très grognon ; les jeunes Léda(s) hésitent sur l’attitude à prendre, entre la peur et les sourires de séduction façon midinette.

Des réponses qui plongent avec fraicheur, inspirées par le décor intemporel de costumes fanés dans un grenier en clair obscur ; on voit les visages sortir de la pénombre avec une certaine émotion ; la caméra se promène et se plaît dans le décor, cherchant quelques mystères, on peut s’attendre à tomber sur une malle rouge des Indes ou sur Fantômas avec ses chaussures de golf.

Combiens de comédiens, comédiennes ont porté ces costumes ? Ont fait rêver, frémir les spectateurs ? Marivaux, Molière, Racine ou Labiche… A chaque fois joués avec ferveur. Fantômes et vibrations accumulés ne demandant qu’à reprendre du service, belle intensité en sommeil.

Godefroy le barbu est en train de plonger son visage dans un manteau de fourrure blanche et presque en même temps il se trouve au fond de sa réserve en veste blanche, grâce à la magie du cinéma.

Heinrich von Kleist dans son ouvrage « Sur le théâtre de marionnettes » évoque de la même façon « le chemin de l’âme du danseur » à travers les mouvements de poupées et les costumes rudimentaires ou très colorés.

Lumière dorée, fanée, lumière magique de grenier, un grand grenier, celui d’un château peut-être, celui du « Grand Meaulnes » d’Alain Fournier. Godefroy le barbu a bien existé, autrefois, comte de Louvain, dit aussi le courageux, barbu malicieux, énigmatique et qui force le respect.

Des tableaux se dessinent entre les corps costumés et les costumes sans corps dans une célébration poétique du vivant. Une étrange alchimie à donc lieu dans cet ancien bureau de poste de Méan-Penhoët, provoquant une rencontre générationnelle aux soubresauts sympatriques et féconds.


Scène : Le va pas trop vite


« Va pas trop vite »
Arrivée de Daggoo, harponneur percussionniste

Quand elle ne se promène pas au milieu des roseaux Douce se plonge dans les livres, ici elle tient à la main « Moby Dick » de Melville, elle l’a peut-être acheté chez le bouquiniste avec une partie de l’argent des cuillères de sa grand-mère ?

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Elle est installée sur le quai, elle rêve déjà ; sans surprise de sa part elle monte dans le voilier, le « Va pas trop vite » qui était à quai (pour elle semble-t-il)

Comme par hasard sa mère Valentina est sur le quai et entre dans le champ pour lui dire au revoir et surtout d’être prudente et de revenir bientôt ; (en russe bien évidemment) ; on ne sait pas si cette scène est réaliste ou si elle se passe dans l’imaginaire de Douce.

Ensuite elle traverse le bassin en diagonale (musique plus lecture voix off ??)

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A l’arrivée au bout du bassin accostage devant les bouées rouillées (ou le cimetière de bouées) on perçoit des sons de percussions. Une surprise Daggoo est présent, un africain à la carrure gigantesque (presque 2 mètres). Il fait partie de l’équipage du Péquod et est repéré comme un vaillant harponneur…

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Scène : Le château-fort de Cargill



Scène : Lettre à Toutankhamon


Lettre d’amour à Toutankhamon

Jeune Roi Toutankhamon,

Hier soir, j’ai vu au musée cette petite colonne d’ivoire que tu as peinte toi même en bleu, rose et jaune.

Pour ce petit objet futile et sans utilité dans notre existence rustre, pour cette simple petite colonne coloriée par tes mains fines, telles des feuilles d’automne, j’aurais donné les dix plus belles années de ma vie, elle aussi futile et sans utilité.

Dix années d’amour et de foi. Près de cette petite colonne j’ai vu aussi, jeune Roi Toutankhamon, j’ai vu hier soir, un de ces soirs clairs de ton Egypte, j’ai vu de mes yeux ton cœur enfermé dans un coffret en or.

Pour ce minuscule cœur de poussière, pour ce cœur enfermé dans un coffret d’or et d’émail, j’aurais donné mon cœur à moi, encore jeune et tiède, encore pur.

Parce que hier soir, Roi plein de mort, mon cœur a battu pour toi, plein de vie, et ma vie s’est mêlée à ta mort, et la faite fondre me semblait-il.

Oui, elle l’a faite fondre cette mort dure et collée à tes os, avec la chaleur de mon haleine, avec le sang de mon rêve, et l’amour et la mort, versés l’un dans l’autre, n’en finissaient pas de m’enivrer de mort et d’amour.

Hier soir, un soir d’Egypte constellé d’ibis blancs, j’ai aimé tes yeux intouchables à travers le cristal.

Un soir il y a longtemps, un soir de la même Egypte où les oiseaux éparpillaient la lumière, tes yeux étaient immenses et fendus jusqu’à tes tempes frémissantes.

Et ce soir-là, un soir semblable à celui d’hier soir, tes yeux s’ouvraient et se fermaient sur la terre comme deux lotus mystérieux.

Des yeux rougeoyants, de la couleur du couchant et des eaux du Nil après les pluies de Septembre.

Tes yeux étaient maîtres d’un empire, maître de villes fleuries, de gigantesques pierres millénaires, de champs semés jusqu’à l’horizon, d’armées victorieuses au-delà des sables de Nubie, ces archers habiles, ces auriges altiers, gravés sur les hiéroglyphes et les monolithes dans ce mouvement immobile à jamais.

Dulce Maria Loynaz


Scène : Les froissements de roseaux


Ce n’est pas parce que le contenu narratif n’est pas immédiatement limpide que cela signifie que rien ne se passe dans le film. Plusieurs fils se tissent et en invitent de nouveaux à chaque occasion, à chaque rencontre.

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J’entends des pas dans les roseaux, des froissements de ta robe ; quelque chose se trouve dans ces roseaux.

Roseaux de l’aurore, roseaux dorés pour l’envol des oiseaux cachés, petits, rapides. Roselière encore verte, « c’est là que me pousse mon esprit » Ossip Mandelstam.

Le fleuve que l’on devine derrière la roselière pourrait être jumelé avec le fleuve Ienisseï sur les rives duquel Mikhaïl Tarkovski, le neveu d’Andreï, va régulièrement chasser.

Roseaux de fins graveurs, aux parfums de terre ; ils se traversent comme un tableau, une prédelle.

Expérience des roseaux : il ne s’agit pas uniquement de les regarder, il ne s’agit pas uniquement de les traverser.

Ils accompagnent le vent filant, fibres sèches pour une écriture dilatée que Douce apprécie et devine.

La librairie débordant de livres, le grenier débordant de costumes de théâtre et aussi la roselière débordant de roseaux serrés, tous ont en commun la profusion et de cette profusion dépliée naît une certaine poésie.

Les roseaux de Paimboeuf sont des « Phragmites australis », ce qui nous transporte en Australie et les oiseaux qui habitent dans la roselière sont des passereaux paludicoles, réputés bons voyageurs.


Scène : Les saltimbanques des enfants du paradis


Entrez entrez la vérité est ici !
Entrez entrez on ne paye qu’en sortant
N’hésitez pas messieurs c’est un spectacle voluptueux !

Venez venez la voir et quand vous l’aurez vue
Vous y penserez le jour vous en rêverez la nuit !

Les habitants du petit Maroc attendent à quai la venue du bateau.
Le bateau, le "Va pas trop vite", arrive dans le bassin, à son bord des marins et une jeune fille en blanc à la proue du navire.

Pour accompagner Douce avec ses cheveux en premier plan : « Léda se tourne vers l’orient. Elle écarte de son visage ses cheveux dénoués, elle les écarte à pleines mains comme si elle ouvrait au soleil un passage dans une haie. »

Débarquement à quai de la jeune fille, dans un cimetière de bouées métalliques, des gens frappent le métal qui résonne sur tout le bassin.
Une procession festive accompagne la jeune fille qui se dirige vers le grand silo à grains de Cargill.

Décor itinérant de saltimbanques

La lecture « alchimique » du Songe de Poliphile, offrit à des auteurs comme Jacques Gohory, Giovan Battista Nazari, Béroalde de Verville, Thomas Vaughan, ainsi qu’à divers auteurs allemands le modèle d’un jardin initiatique semé de grottes, de fontaines, de décors sous forme de vestiges architecturaux dont chaque étape marque un stade nouveau dans les révélations progressives des secrets du grand œuvre…

Jacques Gohory : « Le Livre de la fontaine périlleuse, avec la chartre d’amours, autrement intitulé le Songe du verger « (1572)


Scène : Au Brivet, dans le lit d’un bourbier avec Stanislas Deveau


Depuis les rives du Brivet, Elvira filme Stanislas avec une camera super 8, à bord de l’embarcation de fortune, un radeau tente le passage de l’écluse. D’Aguirre à Fitzcarraldo cette épopée nous parlent des rapports tumultueux qu’entretenaient l’acteur Klaus Kinski avec son réalisateur Werner Herzog sur les tournages.

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Quelque part dans les roseaux

Un canal abandonné, passe un radeau
Un radeau avec une figure de proue,
Digne descendant des barques monoxyles
Du cher néolithique jusqu’au Brivates portis

Le pilote porte un masque primitif en fibre de palmier,
Figure de proue sculptée, de terre desséchée
La tourbe est noire cependant elle est propre
Une poupée totem à la Hans Bellmer
En partance vers quel sombre destin

Femme phénix, elle est conduite sur la rivière sombre
Et est pendue à une construction en pilotis,
Figure hermétique pour un rituel très secret
Au passage un homme à tête d’ours,
Depuis la berge à demi caché par les roseaux
Ou grimpé sur un ponton rudimentaire,
En silence il observe ce curieux équipage
Surgit dans son abrupte étrangeté.

Clé est perdue dans la pupille du monde
Et qui attend le geste d’approche,
Noyau de l’univers consumé dans l’art.
Serait-ce là l’ouverture de Brissane

Nostradamus « Centuries »

Joël murmure dans l’oreille de Stan :

elle est bien accrochée ?

la marée, c’est risqué ?

on est loin de la mer

on est dans les temps

tu as toujours le talisman ?

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Scène : La tour de l’œil et Décor itinérant de saltimbanques


Sur un mur vert, près de l’école de musique de Paimboeuf, en face de la raffinerie.

« Peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques »
Arthur Rimbaud

La lecture « alchimique » du Songe de Poliphile, offrit à des auteurs comme Jacques Gohory, Giovan Battista Nazari, Béroalde de Verville, Thomas Vaughan, ainsi qu’à divers auteurs allemands le modèle d’un jardin initiatique semé de grottes, de fontaines, de décors sous forme de vestiges architecturaux dont chaque étape marque un stade nouveau dans les révélations progressives des secrets du grand œuvre…

Jacques Gohory : « Le Livre de la fontaine périlleuse, avec la chartre d’amours, autrement intitulé le Songe du verger « (1572)

Course poursuite dans les pêcheries, dans les roseaux sauvages, jusqu’à la tour de l’œil. Adèle et Douce se cherchent, chenilles processionnaires et vues sur la raffinerie de Donges.

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Ici peut-être entre 7 et 8 le colombier magnifique avec Douce pour laquelle Vanessa est en train de faire une robe blanche avec des carrés noirs ?
On peut faire comme ci elle rentrait dans la tour de l’œil, et l’intérieur se trouve être le colombier, la robe se trouve à l’intérieur, elle l’enfile, et danse avec.

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Scène : La pythie au théâtre


Suite de la danse au théâtre avec la robe Vanessa, derviche tourneur.
Arrêt de la danse progressive.
Oracle au théâtre de la Malouine joue avec des os d’or, la jeune fille est attentive.


Scène : Les voies de chemin de fer / le Plessis Mareil


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Rails de chemin de fer dans la gare désaffectée de Paimboeuf : la brume qui ne mènent nul part. Une violoncelliste part à l’aveugle sur les rails de la gare abandonnée. Dans l’espace des rails Douce cherche quelque chose comme une étincelle et/ou l’exactitude d’une seconde, un petit poème d’Esther Tellermann.

« Tu avais laissé
dans l’espace
des rails
où s’allonger
racontais comment
enserrer la mémoire
et la source
je m’en irai vers
l’infime et
l’étincelle
laisserai
les symphonies
l’accord des tourbillons
soudain te capturent
une lèvre
à l’arrière du feu
l’exactitude
d’une seconde. »

Dialogue sur les rails

Adèle avec son boîtier de violoncelle en bandoulière s’adressant à Douce : « Que cherches-tu par ici ? »

Douce : « Je cherche une phrase, même une phrase maigre et tendue qui résumerait le film : une simple libellule pourrait me la donner ou un crapaud sous les rails qui serait un prince. »

Adèle : « Plus loin le ciel se courbe, fais attention au Jabberwock ! »

Douce : « T’inquiètes pas il ne sort que la nuit quand les étoiles sont rouges »

Adèle : « Il se réveille avec la couleur rouge ? »

Lucie s’adressant au lapin : petit lapin tu me guides j’ai parlé aux arbres, j’ai fermé les yeux, je suis perdue ?

Le lapin ne parle pas, il avance sur les rails en faisant semblant de boiter, il se retourne régulièrement et Lucie le suit.

Lucie peu rassurée : « personne ne passe par ici » (et là au montage ils sont tous les quatre sur l’image car le paysage, les rails surtout font que les destinées se regroupent forcément).

Peut-être à ce moment vont-ils traverser ensemble, en se tenant les mains, le nuage rouge de la fumerole et alors on pourra penser au Jabberwock et à la sourde menace annoncée !

Au milieu des ombelles et des orchidées sauvages ils se rassurent en se tenant la main et peuvent traverser le nuage rouge, petite tragédie inventée, passagère.

Lucie dit en s’adressant au lapin comme pour le rassurer : « Nous irons dans un petit wagon rose avec des coussins bleus » (Arthur Rimbaud)

le Plessis Mareil :

Douce entre dans la chapelle abandonnée, elle voit une statuette égyptienne dans le soleil, trouve une étrange robe sur une chaise, elle tourne autour, la prend et l’enfile.
Adèle au violoncelle assise sur la chaise, habillée de noir. Dehors on entend les corbeaux, elle regarde quelque chose (elle a peut-être peur) en fait un buste doré égyptien, puis elle joue l’adagio de la sonate n°10 pour violoncelle de JB Barrière
Douce se dirige vers le pigeonnier, elle y entre et tourne dans l’espace exigu.

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Scène : Les aubes rosées / avec Gaëlle Créssent


Aux sentiers qui bifurquent, des panneaux mystérieux

On retrouve Adèle sur une petite route déserte, on la suit et devant une barrière elle s’arête ; elle demande quelque chose à deux fermières une jeune et une vieille ;

Tout comme sa sœur Douce, Adèle est timide et marmonne quelque chose entre ses dents ; les paysannes plutôt moqueuses lui demandent d’articuler ; elle dit :

« Je cherche le chemin de Krasnoïarsk, je suis perdue »
« Connaît pas ce nom par ici » répondent les fermières
« alors une indication même pour retourner chez moi »
« Allez y voir par la bas y’zont mis des panneaux bizarres »

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Elle se rend dans la direction indiquée et la caméra la suit ; elle trouve le lieu des panneaux où une « employée » en tenue (ou en bleu) de travail est en train de fixer le dernier panneau.

Non loin de là un monsieur fait apparemment une sieste à l’ombre d’un arbre, on l’a déjà vu chez le bouquiniste, il est maintenant adossé à un tronc d’arbre et justement ce tronc d’arbre dit quelque chose :

« Deux amants sont devenus des arbres
Pour avoir oublié le temps

Leurs pieds ont poussé dans la terre
Leurs bras sont devenus des branches »

Il s’agit d’un ancien poème de Marcel Béalu (un deuxième Marcel dans le film), Monsieur Caterpillar a justement dans les mains le livre de Marcel Béalu

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N B : Krasnoïarsk est un double clin d’œil : à la langue russe déjà croisée et à Mikhaïl Tarkovski, neveu du cinéaste, référence commune aux deux réalisateurs


«  Les aubes rosées » Installation de Gaëlle Créssent

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Tout d’abord trois panneaux circulaires de couleur bleue avec des reflets roses : panneaux délocalisés, détournés pour l’occasion, pour la venue d’une vérité à saisir.

Dire la vacuité de l’apparaître : dispositif qui s’avance dans le sens et le maintien dans une saisie immédiate de l’espace.

Cercle, circon-spection ; Adèle cherche son chemin, son lieu : ce qu’elle voit dans le panneau c’est le reflet de son visage. Cette façon de voir est un « agôn », une bataille entre le reflet et l’original.

Ces panneaux projettent du possible, le pouvoir être d’un sens à venir, une tenue active, une énigme circulaire.

Ne pas sous estimer l’importance du reflet, du visage engagé dans le reflet et sa dimension circonspecte, autrement dit la dimension originaire de l’être du « Dasein ».

Tenir le mystère, le sens à portée là retenu, comme sous la main dans ce cercle à l’intérieur du monde. Présentification, belle adéquation qui englobe toute possibilité.

Le visage de Gaëlle existe en vue de lui-même dans le panneau qu’elle a créé en tant que jeté devant, en vue de lui même, il existe un mot pour cela, « ek-stase ».

Dans ce cercle reflétant rester attentif à une possibilité : le reflet n’est-il pas plus vrai que l’original ? Quelle est la nature de cette vérité renvoyée ? Quelle est cette éclaircie qui se présente dans le présent comme saisie ? Sinon ce qui fonde la transcendance du monde ?

Autant de propositions ontologiques marquant la connexion du « pouvoir-être », de « l’être-là-au-monde » et du monde.

Ici l’horizon « extérieur » garde toute sa place, les trois aubes rosées s’inscrivent pour accompagner l’ouverture de l’horizon : trois panneaux, trois aubes, trois horizons ; ek-stases articulées entre elles et qui s’accordent à quelque chose comme un monde ouvert.

Ces trois panneaux, pas si muets, proposent un « vers quoi » indéfini et fortement présentifié, ouverts autant qu’ils puissent faire encontre.

Citons enfin celui à partir duquel ces phrases arrivent : « Le monde est pour ainsi dire plus loin dehors qu’un objet ne peut jamais l’être » Maurice Merleau-Ponty


Scène : Le canal de la Martinière / L’usurier et la chenille


La chenille au narguilé rencontre l’usurier, le regard penché sur l’eau. L’usurier reprend son monologue dostoïevskien, il se confie à la chenille qui vaporette sans lui parler puisqu’il est muet.
L’usurier pourrait porter un masque étrange de carnaval ? (Stan prépare de nouveaux masques)


Scène : La basilique néo-byzantine


Marco tient le bras de Marcel et entrent dans la basilique, ballade dans les coulisses de l’église. Ils trouvent une pièce et entre dans une église moderne pour jouer ensemble de l’orgue.

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Des cloches palpables au son comme à l’image Douce se meut lentement, est-elle pratiquante, mystique ? On ne sait pas encore pourquoi elle se trouve dans ce lieu.

Elle grimpe sur un escabeau, confiante elle observe, puis elle déambule, beauté diaphane dans cet espace néo byzantin apparemment abandonné. Par sa simple présence elle créée un halo de grâce.

Une douce mélancolie baigne autour d’elle, dans ses déplacements et ses regards. Un but plus élevé que celui de l’éternel flâneur, lentement sous les arches, toujours à l’écoute attentive du lieu.

Elle s’installe à un atelier de restauration de statues religieuses, dans sa grande blouse blanche elle repeint méticuleusement la cape bleue d’une vierge.

La lumière qui l’enveloppe est propice à l’envol mystique et aux épiphanies, elle n’en abuse pas, concentrée qu’elle est sur sa tache modeste.

Un moment elle se penche sur une maquette de notre Dame de Paris, s’attardant sur un arbre aux feuilles fanées.

En fait elle attend son grand-père qui va jouer à l’orgue, on le devine maintenant, celui-ci est accompagné d’un jeune compositeur.

Ils passent par une porte secrète entre deux piliers (tout comme Harry Potter) et grimpent dans un escalier plutôt sombre et poussiéreux


Scène : Sur la route


Douce est perdu dans la campagne, à un carrefour qui ne mène nul part, des panneaux sans écriture, une étrange voiture jaune la prend en stop, dedans c’est la fête des jeunes filles partent rejoindre le pique-nique déguisé.


Scène : Le Pique-nique déguisé


Les jeunes filles sont habillées en costumes de théâtre, elles fabriquent d’autres masques avec des écorces de platanes.(les masques de Stan) Le pique-nique est joyeux et musical (les jumeaux danseurs sont de la partie). Douce sort de sa robe un téléphone portable et appelle son double dans la boutique.


Scène : La tour de Buzay


Suite du pique nique : Une farandole s’organise et la déambulation se poursuit à la tour de Buzay. Le crépuscule pointe à l’horizon, les personnages disparaissent dans le paysage.


Scène : La bouquinerie la nuit


La jeune fille parle à son double.
La nuit tombe doucement sur la ville, Ludovic regarde l’heure, il est temps de fermer. Il ne se souci pas de la jeune lectrice qui reste là dans les livres.

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